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Mon Yoga, ma vision intime du yoga

La libération, oui mais laquelle?

Depuis des années, le Yoga fait partie de ma vie. Des années de pratique, de formation, de lectures, d’intériorisation et d’expériences. Je me rends compte que cette discipline est souvent perçue à travers deux extrêmes : d’un côté, ceux qui la réduisent à un simple sport, et de l’autre, ceux qui en font uniquement une quête sacrée vers une union avec le divin. Sans la nier, bien au contraire, il me semble que la moksha, dans la tradition yogique, est selon une lecture plus humble, la libération des souffrances , et nous, occidentaux déconnecter de l’idée de la réincarnation, pouvons le comprendre comme « une fin en soi intermédiaire », amenée par la connaissance. Petit oxymore que tente d’expliquer car je le ressens. L’ignorance au contraire (avidya), est une méconnaissance de la réalité qui nous maintient dans la souffrance.

La souffrance, point de départ du Yoga et du Bouddhisme

Au VIᵉ siècle avant notre ère, né une rupture ‘philosophique’ et notamment en Inde.

Le Bouddha, dans son discours de Bénarès pose un constat sans appel : « La vie est souffrance. » Pas une souffrance dramatique ou romantique, mais une souffrance liée à l’attachement, à l’ignorance, à l’impermanence des choses. Et le Yoga, comme le Bouddhisme, naît de ce constat. Comment se libérer de cette souffrance ? C’est la question centrale.

Au même moment, des pratiquants, des yogis, se retirent dans la forets. Naitra aussi le Jainisme.

Le Samkhya Karika (-400 à +200 ? ) formalise une métaphysique dualiste distinguant Purusha (conscience pure) et Prakriti (nature, incluant mental et matière). Il identifie 25 principes (tattvas) et affirme que la souffrance provient de leur confusion. Le yoga devient alors un moyen de discrimination entre ces deux réalités.

Patañjali, dans ses Yoga Sûtras (-400 à +200 ? ), définit le Yoga comme « l’arrêt des fluctuations du mental » (Yoga citta-vṛtti-nirodhaḥ ). Ce serait l apartie pratique du Samkhya Karika. Le yoga offre un chemin pratique vers cette expérience de l’unité. Ces fluctuations — nos pensées compulsives, nos jugements, nos peurs — sont la source de notre souffrance. La moksha, dans ce contexte, n’est pas une récompense céleste, mais l’état où l’on n’est plus prisonnier de ces tourments. Un état de paix, de clarté, où l’on cesse de se battre contre soi-même.

Avant d’être divine, l’unité est une expérience toute humaine.

Le Bhagavad Gita ( – 400 à -100 ?) va dans le même sens : « Celui qui est libéré du désir et de la colère, qui a conquis son esprit et qui s’est connu lui-même, celui-là atteint la paix suprême. » Pas de Dieu, pas de dogme : juste la fin de la lutte intérieure.


L’ignorance (avidya) : la racine de la souffrance ?

Dans les Yoga Sûtras Patanjali définit l’ignorance (avidya) comme une fausse connaissance qui prend quatre formes : Prendre l’impermanent pour permanent, prendre l’impur pour pur, prendre la souffrance pour du bonheur, prendre le non-Soi pour le Soi

    Cette ignorance n’est pas un simple manque d’information, mais une illusion profonde qui nous fait confondre la réalité avec nos projections. Comme le précise le commentaire de Vyāsa sur les Yoga Sûtras : « L’ignorance est comme une maladie des yeux qui fait voir une corde comme un serpent. »

    Comment dissoudre cette ignorance ?

    Patañjali répond : par la pratique et le non-attachement . Les textes sont utiles, mais c’est l’expérience directe qui transforme. Comme il le dit, la connaissance peut venir de la perception directe, de l’inférence (opération logique par laquelle on admet une proposition en vertu de sa liaison avec d’autres propositions déjà tenues pour vraies), ou des écritures, mais sans la pratique, elle reste théorique.


    Le corps et le souffle : outils de libération

    Il me semble important de préciser que contrairement à une idée reçue chez certains, le Yoga ne considère pas le corps comme un obstacle. Dès les Yoga Sûtras Patanjali place les postures (asanas), même si elles se résument par de postures assises le dos droit, et le pranayama (expansion du souffle) comme des ‘étapes ‘facettes’ essentielles pour stabiliser le mental.
    « Une fois la posture stable, le pranayama est la régulation du mouvement naturel de l’inspiration et de l’expiration. »

    On ne respire pas sur le corps, on respire avec lui — le souffle devient un outil pour calmer le mental et préparer l’esprit à la méditation.


    Abhinavagupta et l’expérience directe

    Au Xᵉ-XIᵉ siècle, Abhinavagupta, philosophe du Shivaïsme du Cachemire, développe l’idée de nature divine dans le Tantraloka et le Paratrisika Vivaraṇa. Pour lui, la libération (moksha) n’est pas une fusion avec Shiva, mais une reconnaissance (pratyabhijna) de sa propre nature divine, déjà présente.
    « Le corps est le temple où la conscience absolue (Shiva) se manifeste », écrit-il (Tantraloka, I.15). Les pratiques comme le pranayama, les mudras, ou la méditation ne sont pas des fins en soi, mais des moyens pour dépasser le mental et accéder à une connaissance directe (anubhava).

    Comme il le souligne : « Les écritures sont comme une carte : elles montrent le chemin, mais ne peuvent pas marcher à ta place. » La libération ne vient pas de l’étude des textes, mais de l’expérience vécue.


    Le Hatha Yoga : stabilité du corps, stabilité de l’esprit

    La Hatha Yoga Pradipika (XVᵉ siècle) insiste sur l’importance de la stabilité physique pour atteindre la stabilité mentale :
    « Plus le corps est stable, plus le pranayama est ferme. Plus le pranayama est ferme, plus l’esprit est stable. »

    Ici, la moksha n’est pas explicitement mentionnée, mais elle est sous-entendue comme l’aboutissement naturel de cette stabilité. Sans la maîtrise du corps et du souffle, la maîtrise de l’esprit — et donc la libération — reste hors de portée.


    Pour une vision humaine et accessible du Yoga

    Je souhaite réhabiliter une vision du Yoga où la moksha n’est pas que une quête mystique réservée à une élite, mais une libération accessible à tous, par la pratique et l’expérience directe.

    Les textes sont des guides, mais c’est l’expérience qui transforme. Que l’on appelle cela moksha, kaivalya, ou simplement « paix intérieure », l’important est que cette libération est concrète, humaine, et à la portée de chacun.

    La vision orthodoxe du Yoga : la fusion avec l’être cosmique.

    Bien sur la fusion avec l’Être cosmique, ou la reconnaissance de sa propre nature divine, déjà présente, est plus qu’importante, elle est fondatrice. Ne vous trompez pas sur mon intention. J’aimerais simplement ici réhabiliter une libération accessible, humaine et expérientielle, parallèlement à l’interprétation plus orthodoxe et stricte du Yoga. Une ‘première vision’ , une étape plus humble et juste. Une vision qui permet de comprendre le yoga avant la fusion.

    Dans la perspective, le Yoga n’est pas seulement une pratique pour apaiser le mental ou se libérer de la souffrance au quotidien, mais une voie sacrée vers l’union avec le divin ou l’absolu.

    Et cette vision, vous le comprenez maintenant, je la partage aussi. Et c’est aussi mon aspiration. Pourtant, je tente de rester humble et prends en considération que nous ne sommes pas des dieux (:)) et aussi que cette culture n’est pas la mienne a priori. Nous sommes des êtres humains, avec nos limites, nos doutes, nos conditionnements. Ici, en occident, des petits humains rationnels pour qui la fusion avec l’être cosmique reste une idée difficilement appréhendable. L’union avec le divin, si elle existe, est une expérience si subtile, si profonde, qu’elle est presque impossible à apercevoir sans une pratique assidue, sans une immersion totale dans l’expérience.

    Pour les tenants de cette vision orthodoxe uniquement, la moksha n’est pas simplement la fin de l’ignorance, mais une fusion totale avec la conscience universelle (Brahman dans l’Advaita Vedanta, ou Shiva dans le Shivaïsme du Cachemire). Cette union n’est pas une libération « humaine », mais une transcendance de l’individu, une dissolution de l’ego dans l’absolu.

    Dans cette approche, les textes ne sont pas de simples guides, mais des révélations à étudier et à suivre rigoureusement. La pratique du Yoga y est souvent encadrée par des règles strictes, une discipline ascétique, et une dévotion (bhakti) envers un maître (guru) ou une divinité.


    Deux visions, une même quête : ainsi, il existe deux vision, comme deux étapes qui font écho en moi :

    • Une voie humaine et accessible, où la libération est une affaire d’expérience personnelle, de pratique quotidienne, et de discernement.
    • Une voie orthodoxe et sacrée, où la libération, et le but de la pratique, est une union avec l’absolu, encadrée par des textes, des rituels, et une tradition immuable.

    Ces deux approches ne s’opposent pas. Elles se complètent. L’une me rappelle que je suis humaine, avec mes limites et mes aspirations terre-à-terre. L’autre me rappelle que je peux aussi tendres vers quelque chose de plus grand, de plus profond, même si cela reste difficile à saisir.
    Le Yoga, dans sa richesse, peut contenir ces deux dimensions. Et c’est peut-être là sa beauté.

    Pour aller plus loin :

    Moksha (Yoga) vs Nirvana (Bouddhisme) : deux libérations distinctes

    Deux concepts, souvent confondus :

    ConceptTraditionDéfinitionMoyens
    MokshaYoga/HindouismeLibération de l’ignorance (avidya) pour retrouver la conscience pure (purusha).Pratique des 8 membres du Yoga (Ashtanga Yoga), discernement (viveka), expérience directe.
    NirvanaBouddhismeCessation de la souffrance (dukkha) par la fin des attachements et des illusions.Compréhension des Quatre Nobles Vérités, pratique du Noble Sentier à Huit Branches.

    Nirvana : Dans le Dhammacakkappavattana Sutta, le Bouddha explique que le nirvana est atteint par la compréhension de la souffrance (dukkha), de son origine, de sa cessation, et du chemin (les Quatre Nobles Vérités).

    Moksha : Dans les Yoga Sûtras (IV.34), Patañjali décrit la libération (kaivalya) comme l’état où la conscience pure (purusha) est libérée des liens avec la matière (prakriti).

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