Maître Eckhart & la Bhagavad Gītā ?
iL Y A un pont naturel entre la vision d’Eckhart, la Bhagavad Gītā et les principes du tantra. C’est l’idée que nous faisons partie d’un tout plus vaste, et que l’action juste est celle qui naît de notre connexion à ce tout.
Il faut se connecter à la petite musique du monde, à sa propre musique et regler les deux pour qu’elles s’ajustent. Notre Dharma est là.
« Va dans ton propre fond, et là agis » – Maître Eckhart
L’action juste naît du fond, du centre, là où l’âme touche l’Être. Et dans ce lieu silencieux, nous réalisons que nous ne faisons pas, mais que nous laissons passer l’action à travers nous, comme un courant d’énergie.
Cette énergie fait partie de la trame du monde, une trame que le tantra enseigne comme étant tout l’univers interconnecté, chaque geste et chaque mouvement en résonance avec le tout.
Nous sommes inscrits dans cette trame, ce grand tissage de la vie, et il ne s’agit plus de forcer ou de diriger, mais de laisser l’action s’écouler en nous, avec légèreté et fluidité, comme un danseur qui suit la musique déjà présente.
Le mot tantra vient du sanskrit et désigne souvent une trame ou un tissage subtil, un réseau d’énergie qui traverse tout. Ainsi, la trame dont nous parlons n’est pas seulement un flux passif, mais aussi un ensemble d’interconnexions, une dynamique vivante à laquelle nous participons. Le tantra nous enseigne que tout est relié, que chaque action, chaque pensée, chaque geste a sa place dans ce grand réseau.
Le tantra nous rappelle que, dans ce tissage, tout a sa place, et qu’en nous inscrivant dans cette danse du monde, nous agissons non depuis l’ego, mais depuis la Source, l’essence pure qui anime tout.
Ce n’est pas une fuite, ni un repli mystique. C’est un appel à la justesse, à une action née du centre le plus profond, dépouillée de l’ego, libre de toute agitation. Ce fond, ce grunt, c’est le lieu du “Je Suis”, là où l’âme touche l’Être pur, au-delà du faire, du vouloir, du paraître.
C’est là aussi que Krishna parle à Arjuna. Sur le champ de bataille intérieur, il ne lui demande pas de renoncer au combat, mais de se libérer de l’attachement. L’action doit naître de l’intention juste, de la première intention, avant toute stratégie, tout résultat.
Le but n’est pas de gagner ou de perdre, mais d’agir avec intégrité, depuis le Soi.
« Agis sans t’attacher aux fruits de l’action » – Bhagavad Gītā, II.47
« L’homme noble agit sans pourquoi » – Maître Eckhart
Ce “sans pourquoi” ne signifie pas l’absence de sens, mais l’absence d’attente personnelle, d’enjeu égotique. C’est une offrande pure, une transparence à l’être, une réponse intérieure à ce qui appelle, sans calcul.
Marthe, dans cette lumière, n’est plus en opposition à Marie. Si elle agit depuis le fond, elle devient action juste, yoga vivant. L’action devient prière.
Ce n’est pas un retrait, c’est un enracinement.
Un appel à cesser d’agir depuis la périphérie — depuis le mental, l’ego, les attentes — pour revenir au centre, là où réside le “Je Suis”. Là où l’âme touche l’Être, silencieuse, nue, disponible.
De ce lieu, l’action devient juste.
Elle ne vient plus d’un désir personnel, mais d’une intention première, pure, avant tout calcul.
Elle se détache du fruit, comme Krishna l’enseigne à Arjuna :
« Tu n’as droit qu’à l’action, jamais à ses fruits. » – Bhagavad Gītā, II.47
Ce n’est plus “moi qui fais”.
Les actions passent à travers nous, comme un souffle à travers une flûte.
Il y a déjà une trame, un tissage du monde en cours.
Nous ne sommes pas hors de cette trame : nous y sommes inscrits.
Alors, il ne s’agit plus de forcer, ni de résister, mais d’entrer dans le flot, avec une forme de légèreté, presque de désinvolture sacrée, comme un danseur qui sait qu’il ne fait que suivre le rythme déjà là.
C’est là, précisément, que l’action devient yoga, prière, offrande silencieuse.
« L’homme noble agit sans pourquoi. » – Maître Eckhart
Il agit parce que cela doit être fait. Il répond à l’instant,
depuis le fond, non depuis la peur ou le besoin de reconnaissance.
Marthe, dans ce regard, n’est plus l’activiste inquiète. Elle devient celle qui sert depuis la Présence, celle qui agit sans se perdre dans l’agir.
- Le but est juste, non pas dans les résultats, mais dans l’alignement avec le Soi. Le but est juste : l’alignement avec l’Être.
- L’intention première est ce qui donne sa pureté à l’acte.L’intention première guide, l’ego se retire.
- Il faut être détaché du fruit et dépouillé de l’ego.
- Être au centre, dans le “Je Suis”, c’est agir dans l’unité. (“Je suis” est entre le Soi et l’Ego, il n’a pas de carapace, il est plus libre que l’ego.)
- L’action s’inscrit dans un schéma, plus grand que nous.
Il s’agit de s’abandonner à la trame, avec une paix vivante, une fluidité simple.
